Du travail, de l’ennui, du vice et du besoin

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Dans le cadre de la célébration de la journée internationale des travailleurs le 1er mai (même si des pays comme les USA ou le Canada fêtent le Labor day le premier lundi du mois de septembre), je me permets ce matin de commenter brièvement la célèbre citation de Voltaire relative au travail qui est devenue depuis quelques années inséparable de cette célébration.
Voltaire écrit dans la conclusion de son livre Candide ces mots que nous connaissons si bien : « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ».

Même si pendant longtemps, nous avons soutenu cette thèse, aujourd’hui je me permets d’apporter quelques commentaires discordants à cette assertion largement plébiscitée.

Nous passons le tiers de notre vie à nous former pour le travail que nous ferons pendant au moins 3 décennies et il est bien sensé d’espérer que ce travail puisse nous combler. Mais, force est de reconnaitre que ce n’est pas souvent le cas surtout dans le siècle présent.

1. Le travail éloigne de nous l’ennui

Cela n’est possible que si nous faisons un travail qui nous passionne, qui nous définit, qui nous relève, qui nous valorise, et nous permet d’être épanoui dans notre dignité d’être humain. Alors que bien souvent, les tâches répétitives du travail, le cadre inchangé, la routine du travail sont des situations qui favorisent et cristallisent l’ennui de millions de travailleurs chaque année. Les jours fériés sont bienvenus et les week-ends sont les seuls moments qui apportent un peu de joie à la majorité des travailleurs.

2. Le travail éloigne de nous le vice

Le second grand mal duquel le travail est sensé nous éloigner est le vice, et sur ce point, je suis tentée de dire que c’est possible d’être moins vicieux en étant occupé à faire son travail. Cela dans un monde normal. Car, comme nous le savons tous, l’oisiveté est la mère de tous les vices. Mais il se fait qu’il y a beaucoup de ces travaux qui favorisent les vices, notamment les calomnies avec des bureaux transformés en centre de calomnie et de diffamation express, la paresse et même des vices plus pernicieux avec la dépendance aux excitants comme l’alcool ou même l’escroquerie ou le vol ( dans le cas où des travailleurs extorquent des sommes d’argent aux usagers de certains services par exemple) et se rendent coupables d’harcèlement sexuel envers les femmes.

3. Le travail éloigne de nous le besoin.

Aujourd’hui, bien plus que dans les siècles précédents, le travail n’éloigne que rarement les travailleurs des besoins. Même si les salaires touchés en contrepartie des prestations exécutées, nous permettent, non sans difficultés, de satisfaire nos besoins les plus élémentaires, on ne peut pas perdre de vue que dans une société et époque dominées par la sorcellerie capitaliste, le travail n’éloigne pas du tout des besoins. Il les catalyse, les cristallise et les augmente sans cesse et de façon frénétique.

Au-delà de tout ce que je viens de dire, il convient toutefois de souligner qu’avoir un travail est mieux que ne pas en avoir mais on ne doit pas perdre de vue que les conditions de travail se sont détériorées ces derniers moments au point que le nombre de travailleurs victimes de burn-out ne cesse d’augmenter.

Par ailleurs, Bernard Dadie écrivait aussi ces mots « Le travail et après le travail l’indépendance mon enfant, n’être à la charge de personne telle doit être la devise de votre génération. Et il faut toujours fuir l’homme qui n’aime pas le travail. » Aujourd’hui, nous sommes tentés de dire que le travail ne donne pas l’indépendance ; il donne une apparente liberté, un semblant d’indépendance. Au contraire, le travail nous prend nos libertés les plus élémentaires que je ne vais pas citer.

Et pour finir, même si le laboureur avait dit à ses enfants avant de mourir que le travail est un trésor, il est important de savoir discerner de quel travail il s’agit. Rien n’est pire que de faire un travail inutile et sans valeur comme le travailleur qui monte la grosse pierre dans le mythe de Sisyphe. Aujourd’hui, de nombreux travailleurs souffrent de dépression à force de ne pas pouvoir joindre les deux bouts. Pour les uns, c’est le fait de travailler plusieurs heures d’affilée chaque jour sans une paye équitable et juste. C’est aussi de travailler dans des structures qui ne mettent pas en place des politiques pour favoriser un équilibre vie privée/vie professionnelle. Pour les autres, la dépression viendrait du fait de travailler avec des personnes que l’on n’aime pas, pour des objectifs auxquels on ne croit pas ou des valeurs qui ne sont pas les siennes et dans des systèmes qui ne favorisent aucune rétribution. En bref, quand vous travaillez dans des environnements anxiogènes, ce travail n’éloigne de vous aucun mal. Il vous en apporte bien souvent.

J’ai écrit ce texte le jeudi, 1er mai 2025 pour dire que même si le travail est important pour toutes les raisons que Voltaire, la Fontaine et Dadié ont évoquées, la vie de l’homme ne doit jamais se résumer au travail. Bien plus, le seul travail qui en vaut la peine, c’est celui qui assure le plein épanouissement de celui qui l’exerce.

A bon entendeur…

One response to “Du travail, de l’ennui, du vice et du besoin”

  1. Avatar de
    Anonyme

    Vous avez très bien développé cette citation de Voltaire, Madame.
    Elle n’est plus vraiment d’actualité en ce 21e siècle.
    Le travail ne constitue plus vraiment une source d’émancipation pour beaucoup de personnes, surtout dans les pays en voie de développement.
    J’aime bien la dernière phrase. Que par la grâce de Dieu, nous ayons tous un travail qui assure notre pleine épanouïssement.

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