Le bac en poche: Sortie de la bulle, début d’une autre vie

Published by

on

group-of-african-university-students

Félicitations à vous, vous avez réussi. Vous venez de décrocher la lune, que dis-je, le bac. J’avais prévu écrire et publier ce billet dès la proclamation des résultats mais j’étais totalement indisponible en ce moment. Partie en une retraite spirituelle de quatre (4 jours) avec les légionnaires d’Agoè, dans le but de s’éloigner du bruit, se retirer du monde et de méditer. Ce n’était donc pas possible d’écrire et de surcroît de se connecter pour publier un article.

Je ne suis donc pas la première à écrire sur le sujet même si il faut l’avouer les résultats n’ont pas été donnés en une seule fois dans notre beau pays. Grâce à la compagnie nationale de téléphonie mobile « Togocel le leader », on a raté ce passage très intéressant de la proclamation publique et solennelle des résultats. Moment intense et unique au cours duquel même le plus intelligent de la classe a le cœur qui bat car on ne sait jamais, le gars qui a la liste peut sauter ton numéro comme si de rien n’était. Comme l’année passée, les résultats étaient disponibles via Togocel déjà la veille, même si pour cela il fallait bien débourser quelques francs. On le sait bien, rien n’est gratuit dans ce pays. Fini le stress en public, les prières silencieuses au centre d’écrit quand on donne les numéros et les noms des admis. Dans l’intimité du salon, papa et maman pouvaient désormais connaitre les résultats de leur enfant sans prendre le risque d’aller jusqu’au centre d’écrit et vivre en public on ne sait jamais la déception voire l’affront de l’échec de leur rejeton.

Je suis heureuse et soulagée que ces résultats aient été donnés mercredi passé. Ils ont sonné le glas de la longue année scolaire 2017-2018. Je suis particulièrement heureuse car les jeunes que j’ai la chance d’encadrer à l’église dans le cadre de la légion de Marie[1] sur ma paroisse[2] comme présidente, ont tous réussi. Ils sont au nombre de 5.

Une fierté pour moi et une satisfaction totale pour les parents au regard de tous les sacrifices consentis. Il le fallait, c’était la réussite ou rien. J’étais témoin de tous leurs efforts. Toute l’année, ils ont eu dû mal à concilier cours, travaux dirigés, messe, activités associatives sur la paroisse et travaux domestiques à la maison. Ils ont souffert des grèves à n’en point finir du personnel enseignant et ont dû accepter la dure prorogation de l’année scolaire et le report de tous les examens de fin d’année. A titre de comparaison, leurs compères de la sous région avaient tous fini depuis juin. Les nôtres ont dû composer en août. Ils étaient très joyeux quand je les ai eu au téléphone le mercredi dans l’après-midi l’un après l’autre. Et quand ils se sont vus, ils se taquinaient en ces mots « tu l’as eu ? Je l’ai eu », en paraphrasant les paroles de la chanson « Affairage » du groupe Toofan. Je pense que si vraiment le mouton de papa était à un moment perdu, mes jeunes l’ont finalement trouvé et ramené à bon port.

Je n’ai pas raté l’occasion de les féliciter pour leur réussite. J’ai ensuite pris le soin de leur poser des questions par rapport aux études qu’ils aimeraient faire à l’université. Leurs différentes réponses pleines d’enthousiasme et de rêve m’ont rappelé le début de mes années campus.

C’était pendant les vacances 2005. Je venais de décrocher fièrement le bac. Après l’euphorie des jours suivants la proclamation des résultats, je suis restée chez moi les bras croisés en attendant la rentrée. Même si j’avais pris part à la rencontre organisée à l’université à l’attention de tous les nouveaux bacheliers, juste après je suis rentrée chez moi et j’ai attendu octobre. Je ne savais pas qu’il y avait des écoles sur le campus, ni qu’on pouvait passer des concours pour y entrer. J’attendais tranquillement que les inscriptions soient ouvertes pour aller m’inscrire en faculté de droit (FDD) ou en faculté des lettres et sciences humaines. Heureusement, on m’a retenu en droit et finalement je n’ai pas de regrets car tout est bien qui finit bien.

Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, les informations vont très vite. Donc, mes 5 jeunes ont déjà une idée de ce qu’ils aimeraient étudier au campus.

L’un s’appelle Barth. Il a beaucoup de chance, car ses parents ont les moyens et il a fait l’école française. Dès le début du mois de juin, il s’est envolé pour la France où il a décroché brillamment le bac français, s’est inscrit dans une université française dans une banlieue parisienne, non loin de Versailles. On peut déjà assurer que le pari de ses parents sera gagnant et que son avenir est assuré.

S’agissant des quatre autres, ils se sont tapés le système togolais depuis la seconde comme moi. L’université de Lomé les attend les bras ouverts, prête à leur offrir mille et une expériences aussi belles que douloureuses. En effet, leurs parents n’ont pas les moyens de les envoyer dans une université privée et ne sont encore pas disposés à les laisser aller vivre dans une autre ville comme Kara. Je leur ai donc dit que c’était fini. Les gamineries et les pertes de temps. Je leur ai fait comprendre que la bulle avait éclaté et qu’une nouvelle vie commençait. Il fallait leur préciser que que le campus, ce n’est pas le lycée, ni le collège et encore moins la maternelle, en soulignant qu’au campus, seuls les meilleurs entrent dans les écoles. Tout le monde pouvait faire les facultés mais seul la crème de la crème en sortait diplômée.

Université de Lomé

J’ai surtout attiré leur attention sur le fait que c’était plus difficile là-bas de nos jours. Que le fameux système LMD était une nébuleuse qui faisait des victimes et qu’il ne fallait pas se laisser berner. Je leur ai suggéré de mettre les bouchées doubles et de viser l’excellence. Que le resto universitaire, le terrain de basket et les bancs publics étaient des lieux à ne visiter que lors de la semaine culturelle universitaire. Je leur ai expliqué qu’il valait mieux se surpasser pour avoir son diplôme le plus tôt possible que d’aller de faculté en faculté et de perdre son temps tel les israélites au désert.

Bref, j’ai dit à mes jeunes la vérité même si elle est dure à accepter. A l’université de Lomé, une nouvelle vie les attendait. Ce sera un dur apprentissage pour eux mais passionnant si on sait pourquoi on y va.

[1] Praesidium jeune « Maria, Mater Misericordiae. Un praesidium est un groupe de l’association catholique de personnes laïques engagées dans l’apostolat dénommée Légion de Marie

[2] Communauté Chrétienne Catholique Saint Ignace de Loyola d’Agoè Logopé

2 responses to “Le bac en poche: Sortie de la bulle, début d’une autre vie”

  1. Avatar de audreyjoyceblog

    Merci bien frérot pour ces mots très flatteurs à mon endroit. Vouloir c’est pouvoir, et tout est possible à celui qui y croit. Bon vent pour la suite

  2. Avatar de TOUATRE Lamanguib
    TOUATRE Lamanguib

    Félicitations aux jeunes
    S’ils en sont arrivés c’est parce qu’ils vous ont comme meilleur exemple.
    Et moi je n’ai pas manqué de vous idolatrer la toute première fois ( et malheureusement la seule jusqu’aujourd’hui ) que je vous ai vue faire vos preuves.
    j’aimerais pouvoir être suivi de près par vous un peu comme ces veinards de la légion, afin d’avoir une carrière aussi inspirante que la vôtre ( même au-delà).
    Pour vous dire en un mot, FÉLICITATIONS POUR VOTRE DYNAMISME AU SERVICE DE LA JEUNESSE.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Plaisir d'écrire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture