Une année et demie venait de s’écouler. Dix-huit longs mois. Il avait eu du mal à se relever après ce coup du sort. Il lui arrivait parfois de penser à elle, au détour d’une rue, quand il apercevait un couple marchant bras dessus bras dessous ou main dans la main. Le jeudi dernier, en passant devant l’hôtel de ville, il a souri en voyant le couple de jeunes mariés qui s’attelait à faire des pauses pour les photos de l’occasion.
Il était un jeune homme naïf à l’époque et depuis il avait appris à se méfier de tout. Il était devenu aussi amer sur les bords et moins optimiste, comme le lui disaient ses rares amis. Il était devenu plus introverti et casanier. Vivant comme un ermite, ses journées se ressemblaient. Boulot télé dodo. Difficilement il acceptait de rares escapades loin de Lomé les weekends. On pouvait bien croire qu’il avait cessé de vivre.
Il y a environ dix mois, il avait rencontré Solim par un heureux concours de circonstances. A l’occasion d’une activité à laquelle son service avait été convié, il s’était retrouvé assis à côté de la jeune fille. A l’heure du déjeuner et aux pauses café, ils avaient vaguement échangé sur la pertinence de la thématique qui les réunissait. Tout timide qu’il était, il avait comme à son accoutumée été moins bavard. Mais elle avait été si entreprenante. Elle lui avait demandé son contact et sans hésiter il lui avait remis sa carte de visite.
Solim lui avait plu dès leurs premiers échanges et il s’était habitué à discuter avec elle chaque jour que ce soit par appel ou via le réseau social whatsapp.
Elle était intelligente, toujours gaie, débordante de vie et avait toujours une histoire à raconter. Il aimait bien parler avec elle, de tout et de rien. Au fil des semaines, l’entente étant bon enfant, la confiance s’installa entre eux.
D’origine modeste, elle était étudiante en fin de cycle dans une université privée de la place. Sa relation avec Solim faisait son bonhomme de chemin. Il avait 28 ans mais il ne voulait pas se presser. Leurs fréquentations étaient officielles. Au début, il n’était pas très emballé malgré la gentillesse de la jeune fille. Son ami de tous les jours lui avait dit de ne pas se poser trop de questions et de l’inviter à sortir. Jacques lui avait dit ceci : « Tu réfléchis trop. Tu aimes trop te poser des questions. Lances toi et saisis cette occasion pour passer à autre chose. L’appétit vient en mangeant ».
Et quelques semaines plus tard, ils étaient en couple. Bosseur qu’il était, ils se voyaient le week-end mais ça lui convenait. Il ne voulait pas se presser. Elle l’aimait et ne pouvait le cacher. Ses désirs étaient des ordres et elle ne ratait aucune occasion pour lui exprimer ses sentiments.

Ce dimanche matin, Solim était venue le voir après la messe matinale. Il était à peine 9 heures. Il ne savait pas pourquoi elle tenait à le voir un matin au lieu de l’après-midi comme d’habitude. La raison de sa présence ne tarda pas. Elle était enceinte et voulait lui en parler avant d’en informer ses parents.
Il l’écouta et perdit ses mots. Il ne savait pas quoi lui dire. Il lui dit qu’il était content qu’elle lui en parle en premier et lui assura qu’il la soutiendrait qu’importe sa décision.
Quand elle partit, il réalisa qu’il était bien plus bouleversé qu’il lui avait laissé croire. Il fréquentait cette fille depuis quelques mois mais il n’avait jamais pris le temps de planifier son avenir avec elle. En vérité, cette nouvelle ne le rendait pas si heureux que ça. Solim était une fille bien mais il n’en était pas pour autant amoureux. Il ne voulait pas encore se marier et surtout pas à cause d’un enfant non désiré. Il se souvint des conseils de Jacques il y a quelques mois. Pour lui, c’était assez clair. L’appétit ne viendrait pas toujours en mangeant. Il se sentit pris au piège de cette relation. Sa décision fut prise. Si elle voulait garder le bébé, il ne s’y opposerait pas. Il reconnaitrait l’enfant et assumerait les charges y relatives. Ses parents seront heureux à l’idée de devenir grands parents mais il devait leur faire accepter sa décision. Ils voudront à tout prix qu’il se marie avec Solim. C’est vrai que Solim était une bonne fille, et il n’y avait pas de doutes sur ses sentiments. Elle ferait une bonne épouse. Mais il n’était pas prêt à faire ce pas. C’était assez prématuré à son avis de penser à cet engagement définitif qu’on appelait mariage. Il y a moins de deux ans, il devait se marier avec une autre. Mais elle était partie. C’est pourquoi il voulait prendre son temps. Quand il décidera de se marier, ce ne sera pas à cause d’un enfant mais par ce que celle qu’il aura choisie serait la bonne et la femme de sa vie. Malheureusement, il n’était pas sûr que Solim fût celle-ci.



Laisser un commentaire