En pleine crise sanitaire depuis quelques semaines, je suis en manque d’inspiration. En effet, il fut un moment où j’étais stressée au point de faire les symptômes de cette vilaine maladie. J’ai eu toutes les peines du monde à rédiger ce billet. Il est le dernier que je consacre à ce sujet. Mais on ne sait jamais. Je pourrais bien changer d’avis un beau matin. Le bout du tunnel semble encore loin et je crois bien que le deuxième trimestre de l’année va être long.
Les autorités américaines comparent la situation actuelle aux évènements ayant suivi les attentats du 11 septembre 2001. Personnellement, je pense qu’elles ont raison.
La troisième guerre mondiale que les Nations Unies se sont évertuées à éviter depuis 75 ans est là. Il ne s’agit pas d’une guerre nucléaire comme beaucoup l’annonçait. Il s’agit plutôt d’une guerre sanitaire. De plus en plus, les grandes puissances sont plus touchées et on tend vers une nouvelle carte politique mondiale. Ce qui est intéressant avec cette pandémie, c’est qu’elle remet en cause des théories établies et sonne le glas d’une certaine vision du monde incarnée par les occidentaux.

Les États n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts
On ne le dira jamais assez. En relations internationales, les États, petits ou grands, puissants ou faibles, n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts. Une conséquence simple de la théorie du réalisme. A l’heure où nous parlons, où se trouve la coopération internationale quand certains Etats procèdent au détournement de stocks de masques d’autres pays, à la saisie de respirateurs destinés à d’autres gouvernements, à la vente de masques défectueux, à la tenue de discours ambigus et contradictoires.
Qu’il nous souvienne que cette épidémie débutée en Chine en fin d’année dernière est devenue une pandémie mondiale par ce qu’au-delà de tous les facteurs non maitrisés, les Etats s’étaient précipités de rapatrier leurs ressortissants d’une Chine contaminée, sans réfléchir à une éventuelle résolution globale de la crise. Le problème a été ainsi simplement déplacé.
La pandémie actuelle nous présente un monde en proie à une guerre d’influence. Certains pays en profitent pour accroitre leur sphère d’influence sur le plan géopolitique et géostratégique. Les médias nous parlent par exemple de la diplomatie des masques conduite par l’empire du milieu ou de l’économie de guerre faite par certains pays. On peut dire aujourd’hui que des pays comme la Chine, la Russie ou Cuba sont des acteurs qui jouent parfaitement leurs cartes.
Cette crise conduira inévitablement à une nouvelle carte internationale car le « Make America great again » est en train de prendre un sérieux coup et l’Union Européenne aura du mal à garder son intégration exceptionnelle que beaucoup de communautés lui enviaient. En effet, tout porte à croire que des pays comme l’Italie qui ont subi de plein fouet cette crise sans l’aide de ses alliés traditionnels de l’Union européenne et son lourd bilan seront tentés d’aller voir ailleurs. En ce qui concerne le Brexit, les termes définitifs de ce divorce historique seront plus difficiles à définir.
Une Afrique plus ou moins résiliente
On prédisait à l’Afrique de se préparer au pire. Par tous les moyens, jour et nuit, les personnalités internationales se sont égosillées à dire que tous les voyants étaient au rouge et que le continent reputé pauvre et bon dernier de la classe, se dirigeait irrémédiablement vers une catastrophe inévitable. De l’avis de tous ces « hommes » de mauvaise augure, prophètes des malheurs des autres, rien ne pouvait empêcher l’effondrement des pays africains avec une contamination gigantesque et des records de mortalité au-dessus de ce qui se passe chez eux c’est-à-dire en Europe et en Amérique. Et ils avaient leur raison de le dire : des systèmes de santé défaillants, une gouvernance qui laisse à désirer et des populations pauvres et affamées. Mais voilà, on ne sait pas encore ce qui s’est passé. Le continent n’a pas été épargné par la pandémie mais le crash ne s’est pas produit. Plus de 6 semaines après les premiers cas, il n’y a ni contamination à grande échelle, ni mortalité record, ni effondrement des systèmes politiques, ni hécatombe, bref ni chaos. Il est vrai que je ne crois pas à la théorie du complot mais dans le contexte présent, autant de messages négatifs ou alarmistes n’étaient pas bienvenus. Des recommandations ou propositions concrètes d’aides auraient été plus appréciées mais finalement au point où nous en sommes, ce serait plus simple que chacun s’occupe de ses affaires. A l’heure actuelle, les pays africains sont bien plus résilients face à cette maladie très contagieuse et il faut saluer les dispositions courageuses qui ont été prises du Caire au Cap et de Dakar à Addis Abéba. Toutefois, les pays africains doivent éviter de célébrer prématurément une victoire non définitive. Ils devront plutôt s’inspirer des modèles dans la gestion de la crise sanitaire tels que la Corée du sud, Taiwan, Hong Kong ou l’Allemagne où des pratiques simples ont produit des résultats satisfaisants : test massif et à grande échelle sur la population, port obligatoire de masques en public, isolement systématique des personnes positives au test.
Coopération mondiale obligatoire
Pendant longtemps, le Conseil de sécurité est resté muet sur cette pandémie mondiale, qui à mon avis, constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales. A part quelques messages du Secrétaire général des Nations Unies et du Directeur général de l’OMS, il ne serait pas exagéré de dire que l’ONU est dépassée par cette crise. A l’avenir, il est important qu’elle soit porteuse d’un message de solidarité et de coopération innovante entre les pays pauvres et les pays riches.
Pour éliminer définitivement cette pandémie qui met à mal les économies des pays et implique une nouvelle définition de la puissance, il faudrait à n’en point douter une implication de tous les acteurs internationaux ou non, pays pauvres et pays riches. Oui, la rapidité de contamination entre pays révèle qu’elle devra être combattue au plan global. Sinon, il y aura inévitablement une nouvelle vague de contamination comme c’est déjà le cas en Chine.
Par ailleurs, les différents plans de relance économique annoncés par les grandes puissances doivent prendre en compte leurs partenaires que sont les pays les moins développés. Sur cette question, les présidents sénégalais et français tout comme les Nations Unies ont appelé à une annulation massive des fameuses dettes des pays africains. En espérant que ce ne soit pas de vains discours, vivement que les actions suivent.
Pour finir, il est toujours important au plan individuel de ne pas perdre de vue les gestes barrières et de rester disciplinés.



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