Lorsque Solim rencontra Enzo, elle n’aurait jamais pu imaginer que les choses iraient si vite. C’était un ami gagné par pur hasard, un matin de mai, lors d’un rendez-vous pédiatrique de son fils. Le médecin tout souriant les accueillit avec plein d’égards, situation assez inhabituelle dans les hôpitaux publics du pays. Après des contrôles de routine, il demanda quelques analyses et invita la jeune dame à revenir le lendemain en lui tendant une ordonnance sur laquelle il prit le soin de prescrire deux médicaments. Ces médicaments étaient des antalgiques destinés à soulager la douleur de l’enfant, le temps de déterminer la cause précise du mal. Enzo était un gars gentil et disponible. Sa situation de mère célibataire ne l’avait pas gêné outre mesure. Il ne manquait aucune occasion pour lui dire combien il appréciait ses efforts pour s’en sortir. Il lui fit des avances sans détour.

Hésitante et moins optimiste, elle lui dit qu’elle préférait qu’ils prennent du temps pour se connaitre avant de penser à se projeter dans le futur. Au début, Solim ne voulait pas rêver. Elle était prudente et préférait avancer pas à pas. Son cœur brisé avait peur de s’enflammer à nouveau. En effet, chat échaudé craint l’eau froide, dit-on souvent. Son compagnon lui répéta plusieurs fois qu’il n’était pas pressé car il voulait bien faire les choses. Après moult hésitations, elle se résolut à se jeter à l’eau, décidée à bâtir une vie plus épanouie. N’avait-elle pas, elle aussi, le droit à une vie de couple? N’avait-elle pas le droit de s’accorder une seconde chance, après une première expérience amoureuse malheureuse ? Etre une mère célibataire signifie-t-il qu’elle devait passer le reste de sa vie à ne s’occuper que de son fils ? Après toutes ces questions, elle sourit en se demandant ce qu’elle avait gagné en étant une fille vertueuse pendant ces années. Cela n’avait pas empêché Chris de lui faire du sale et de se faire la malle. Elle avait besoin d’une oreille attentive et d’une présence chaleureuse. Une personne avec qui échanger de temps en temps. Quand ils s’étaient rapprochés, ce n’était pas pour lui déplaire. Elle appréciait leurs élans d’affection. En effet, ça lui manquait de passer du temps avec une personne autre que ses parents, sa meilleure amie et son fils. Elle se réfugiait dans les bras d’Enzo comme on s’accroche à une bouée de sauvetage quand l’on se sent malmené et chaviré par les flots d’un océan. Elle se sentait revivre à nouveau, à présent qu’elle savait qu’elle comptait pour quelqu’un. Elle se sentait à nouveau femme, belle et désirable.
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Mais le cœur a ses raisons que la raison ignore. Enzo avait beau être irréprochable, elle ne l’aimait pas comme elle avait aimé Chris. D’ailleurs, elle n’avait jamais aimé personne d’autre depuis ce temps. Malgré ses nombreuses qualités, sa disponibilité à être un père pour son fils, un compagnon prévenant et bienveillant, après quelques mois de fréquentations faites de sorties, de promenades, d’escapades hors de la ville, elle dut se rendre à l’évidence. Elle avait appris à aimer Enzo, à le désirer comme une terre aride soupire pendant la sécheresse et espère les premières gouttelettes de pluie. Il comptait beaucoup pour elle et elle remerciait régulièrement le ciel de l’avoir rencontré.
Pendant ce temps-là, Chris tournait en rond, confus et bouleversé. Il avait appris de source sûre que la jeune femme était passée à autre chose et qu’il l’avait ainsi perdue. Triste tel un condamné à mort, il se réfugia dans ses souvenirs et se retrouva face à ses remords. A présent, il pouvait mieux comprendre ce que Solim avait dû endurer quand il l’avait froidement repoussée. Au bout d’un trimestre de tergiversations, d’hésitations et d’appréhensions, il décida d’aller voir ses parents qui lui conseillèrent de retourner voir la mère de son fils et de se jeter à ses pieds pour implorer son pardon.
Parfois, les choses se ne passent pas comme les hommes le souhaitent. Et il leur arrive de faire des erreurs que l’avenir se charge de révéler. Chris, en reconnaissant son erreur, se dit, pour se rassurer que l’erreur est humaine mais persister dans l’erreur était pire. C’est fort de cela qu’il s’en alla retrouver la jeune femme, bien décidé à confesser les déboires de sa vie. Le 4ème anniversaire de son fils lui offrit une belle occasion et il la saisit après la fête lorsque tout le monde se retira. Sans préambule, il dit à Solim : « Je ne sais par où commencer. Mais, s’il te plaît je te demande de m’écouter sans m’interrompre. Après tu pourras me dire tout ce que tu voudras. Tu sais, tu me manques et je voudrais que tu me donnes une chance, une seule et dernière. Lorsque je t’ai connu, je ne croyais plus en l’amour. J’étais brisé, meurtri et blessé dans mon amour propre. Rassures toi, je n’essaie pas de me justifier. Loin de là, rien ne peut justifier la façon dont je t’ai traitée. J’ai aimé des femmes avant toi, je l’avoue. Passionnément et intensément. J’ai connu l’amour dans les bras d’une autre puis un matin ; c’était fini. Je me suis retrouvé comme un exilé rapatrié de l’espace Schenghen, sans objectif et sans repère. Quand je t’ai connu, mon cœur fragile, avait peur de se dévoiler et j’ai hésité puis renoncé. C’est vrai, la naissance de notre fils t’a donné de l’espoir mais je t’ai repoussée. Aujourd’hui, je réalise ce que mon cœur savait depuis ce temps. J’ai erré de femme en femme depuis que je t’ai quittée, cherchant en vain l’amour mais sans succès. Je sais à présent que l’amour ce n’est pas le cœur qui bat plus fort comme sur Novelas Tv. Ce n’est ni Rose et Jack sur le Titanic ou Tristan et Yseult. Je sais que l’amour a ton nom et le regard de notre fils. Et j’étais l’homme le plus heureux le jour où j’ai pris notre fils dans mes bras pour la première fois. Je t’ai toujours aimé, seul la rancœur m’a aveuglé. L’amour, c’est être heureux et triste à la fois. C’est être apaisé. Aujourd’hui, je veux avancer avec toi sur le chemin de la vie avec notre fils comme boussole. Je sais, je ne te mérite pas et si jamais, tu ne voudrais plus de moi, je comprendrai et respecterai ta décision».
Quand Chris eut terminé, Solim, perdue, en proie à toutes sortes d’émotions contradictoires, essaya de murmurer quelques mots sans succès. Elle avait perdu la voix. Elle lui prit lentement la main et laissa couler une larme.
FIN
PS : J’espère que vous avez aimé cette chronique que j’ai pris plaisir à écrire, pour vous et avec vous. Merci de m’avoir accompagné au fil des lignes par vos commentaires et vos impressions. Si vous avez pensé à une autre fin, Merci de la partager avec nous en commentaire. L’aventure ne fait que commencer. A très vite.
Cette chronique est une fiction. Les éventuelles ressemblances avec des personnes existantes ou ayant existé sont purement fortuites et ne sauraient m’engager.



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