Une semaine plutôt, je parlais de mon expérience en tant que teacher. Je disais à l’occasion qu’il est bien noble d’être « teacher » mais le bon teacher, c’est celui qui offre une éducation de qualité à son auditoire. C’est vrai que l’enseignant doit bien faire son travail mais c’est à l’État de mettre en place un cadre adéquat à cet effet.

Depuis quelques années, tout le monde dit que le niveau des élèves et des étudiants baisse. Moi-même, je l’ai remarqué avant même de m’aventurer dans le domaine. L’avènement des réseaux sociaux n’a guère aidé. Ça a plutôt empiré. Je ne me rappelle plus la dernière fois que j’ai vu un jeune du quartier tenir un roman. Tout le monde tient son phone, qu’il soit 1+1 ou smart. Qui va se négliger? A la maison, c’est whatsapp ou alors canal, surtout en ces périodes de vacances. Portes ouvertes à toute sorte de dépravation et on oublie l’utile. Mais personne ne fait rien. Déjà, quand nous étions sur les bancs, on nous rappelait assez régulièrement que nos parents étaient meilleurs que nous. Sûrement à cause du train de 8h ou de la place incontournable de la dictée à leur époque. Et que dire de nos jours. Le niveau a plus que baissé. Il a connu une chute bien impressionnante en un temps record.
Il serait donc judicieux de convoquer les états généraux de l’éducation nationale et de débattre de tous les enjeux et défis sur le sujet. C’est dans cette dynamique que ce matin, je viens plaider pour une réforme de l’éducation afin de redonner à la lecture ses lettres de noblesse. Il urge de revenir aux fondamentaux de l’éducation. Il ne faudrait pas hésiter à aller voir ce qui se fait mieux ailleurs et à venir essayer de l’adapter au contexte togolais.
Avant, il fallait réussir au BEPC avec 150 points, puis ce fut 140 et on est descendu parfois à 135. Aujourd’hui, même on a fait simple. L’éducation Civique et Morale, dont je salue l’inscription au programme du secondaire, est devenue une matière notée sur 40 pour donner des notes gracieuses et ainsi aider nos jeunes frères et sœurs à aller au lycée. Et la lecture des romans de littérature ? Où en sommes-nous pour leur maintien ? Il semblerait qu’on continue d’étudier les empires et les royaumes au collège, je suis d’accord, la colonisation pourquoi pas. Mais, devrait-on continuer par enseigner ces mêmes programmes qui ne changent jamais malgré les décennies qui passent ? Pourquoi continuer à enseigner les continents européen et américain à nos enfants ? Et ces langues soit disant vivantes ? L’anglais entre autres : il semblerait que sa manière d’être enseignée n’ait pas changé. Nos jeunes frères continueront par avoir de bonnes notes en anglais ou en allemand mais ne pourront jamais s’exprimer facilement dans ces langues. Malgré ça, toujours pas de réforme ? Et ces repères orthonormés, ces poulies, ces calculs qui m’ont rendu la vie dure au secondaire alors que je savais que je finirai juriste ou chargée de communication ? J’aurais appris qu’ils sont toujours au programme et qu’ils continuent de pourrir la vie à bien d’élèves littéraires.
Au lycée, on continue de maintenir l’examen de probatoire, à quelle fin je ne sais. Ma nièce est inconsolable depuis la dernière fois. Vous savez pourquoi ? Quand après avoir retiré son relevé de notes, elle a réalisé qu’il lui manquait un seul petit point pour être déclaré admissible. Un pathétique point pour un hypothétique diplôme du probatoire. Mais, allons-y nous renseigner. Dans combien de pays au monde, y a t-il un examen du probatoire. Quand je pense que depuis quelques années déjà, bien des pays européens mettent la pression à la France pour que la classe de terminale soit juste une classe de passage et donc que le Bac ne soit plus cet examen que nous tous avions redouté à une époque de nos vies. Je me rappelle que certains compatriotes envoyaient même leurs enfants passer le bac au Bénin voisin il y a quelques années, suite aux échecs au fameux probatoire. De grâce, il est temps de supprimer ça. Même si les habitudes ont la vie dure, cette réforme serait salutaire à plus d’un titre.
Tous les pays qui se sont développés ont investi dans une éducation de qualité et en ont fait la pierre angulaire des politiques publiques nationales. Alors, la formation offerte par ici est-elle de qualité ? Ma réponse risque d’être sans appel. La formation n’est pas de qualité et ne répond plus aux exigences de l’heure dans un monde en perpétuelle évolution suite à la mondialisation galopante.
S’agissant de l’enseignement supérieur, je ne sais par où commencer. Devrais-je parler de l’inadéquation des formations offertes dans les universités publiques aux réalités du marché du travail international actuel ou alors de la pagaille dans la plupart des centres de formation privée. Je ne dis pas que le gouvernement ne fait pas son travail. J’estime juste que le ministère en charge de l’enseignement supérieur peut mieux faire en termes de contrôle de la qualité de l’enseignement, d’inspection, de l’encadrement et de tout ce qui va avec et trouver des moyens de mettre en place des programmes de formation innovants, surtout à l’heure où le numérique est devenu incontournable dans la vie de tous les jours.
Nos universités proposent elles aux étudiants des formations en lien avec les métiers de l’avenir, l’économie bleue, le digital, l’aéronautique, l’informatique appliquée, la télémédécine et je ne sais quoi d’autre ? C’est triste de reconnaître que non.
A l’heure, où le monde est à la recherche des profils de plus en plus précis et des personnes bien formées sur des questions spécifiques, quels types de masters sont disponibles dans nos universités ? Il semblerait que ce soit toujours ces masters généraux qui font de nos étudiants des diplômés généralistes sans aucune réelle maitrise d’un quelconque domaine et sans réelle compétence car on ne le dira jamais assez « qui trop embrasse étreint mal ».
Il est temps de repenser le système de l’enseignement dans notre pays et de faire une profonde réforme du domaine. Il nous faut plus d’universités publiques, au moins dans les 5 régions économiques du pays afin de désengorger les 2 universités actuelles mais aussi plus de contrôle au sein des universités privées afin que l’intérêt général ne soit pas sacrifié sur l’autel des intérêts personnels ou du capitalisme à outrance. En bref, j’invite les acteurs du système éducatif à revoir les horaires et les calendriers, à mieux former et outiller les enseignants, afin que l’avenir des apprenants soit réellement une préoccupation nationale.
L’éducation est un sujet tellement sensible qu’on ne saurait y tolérer la médiocrité.
Bien à vous.



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