Il y a quelques temps, je causais de mon adolescence avec une amie. Et je me suis rappelée de nos vies d’avant. Nos vies d’avant étaient bien simples mais non moins belles. Les journées passaient mais ne se ressemblaient guère.
Dans nos vies d’avant, il n’y avait ni décodeur ni internet. La vie était bien plus simple et gaie. La Télévision togolaise (TVT) tant ignorée et décriée aujourd’hui nous donnait souvent rendez-vous à partir de 17h00 et ce tous les jours mais surtout en fin de semaine. C’était la belle époque du monopole et de l’exclusivité de la chaine nationale. Femmes de sable, Marimar ou Sublime mensonge, Chroniques de l’Afrique ou de l’Amazonie sauvage, Highlanders, Afroparade, Ciné nuit et autres étaient les programmes qui avaient une audience fidèle. Dans tous les cas, le feuilleton du jeudi après le journal de 20 heures battait le reste des programmes en termes d’audience. En effet, toutes les familles n’avaient pas la chance d’avoir la grosse antenne parabolique ou la fameuse antenne CFI. Aujourd’hui, plus personne ne vole les petites paraboles de Canalsat. A l’époque les paraboles valaient une petite fortune et étaient très convoitées par les voleurs.
Nos weekends étaient riches de rencontres chaleureuses, amicales et fraternelles. Nous n’avions pas grand-chose à partager mais nous étions plus riches qu’aujourd’hui. La vraie richesse réside dans ces émotions positives qu’on peut donner, dans ces discussions à bâtons rompus et dans ces rencontres quotidiennes jamais prévues à l’avance.
Dans nos vies d’avant, la lecture occupait une place de choix et les livres de Guy des cars avaient la part belle. On les lisait l’un après l’autre et on se le passait de main en main et de sac à sac.
C’était aussi l’époque des jeux de société notamment Ludo, warri et cartes. Personnellement, j’étais redoutée dans le jeu de ludo. Ces jeux n’ont rien à voir avec nos jeux vidéo actuels car ils privilégiaient le contact humain par-dessus tout.
L’honnêteté, l’intégrité et la sincérité étaient les principes de toute relation. La naïveté et l’innocence n’étaient point des défauts. C’était même ce qu’on avait de plus cher. Dans les années 2000, les amis pouvaient encore aller parler à la fille de tes rêves à ta place, lui donner la lettre que tu avais pris la peine de rédiger la veille et t’arranger un rendez-vous pour un mercredi ou vendredi après-midi.

A cette époque, tous les jeunes du quartier étaient potes ou du moins la majorité se retrouvait ensemble tous les soirs pour zieuter les filles qui passaient. Il n’y avait ni suspicion ni coup bas. Les jeunes garçons avaient un QG où les plus grands donnaient des conseils aux plus jeunes ou partageaient avec eux quelques-unes de leurs expériences. C’était en quelque sorte l’arbre à palabres. Le vélo de l’ami était le vélo de la bande et si jamais l’un avait un « gameboy », tout le groupe pouvait se vanter de cette possession. Dans nos vies d’avant, l’égoïsme et la concurrence, l’apparence ou l’exagération n’avaient pas droit de cité. La valeur la mieux partagée était la solidarité et l’entraide au travers du partage des casses croutes, des articles de sport et des petits secrets.
Les années de notre adolescence étaient bien spéciales. Les éducations se ressemblaient et avaient un dénominateur commun, que ce soit à la maison ou à l’école. Les ainés ont droit au respect, les voisins sont des frères et l’homme mangera à la sueur de son front. Pour cela, les écoliers devaient saluer tous ceux qu’ils rencontrent et travailler pour réussir leur vie, par exemple. Les jours de fête étaient des jours d’euphorie et de partage exceptionnel où cohabitaient la convivialité et la fraternité. Les mets succulents allaient de maison à maison et de quartier à quartier. Les quartiers étaient de véritables communautés et les voisins des frères et sœurs d’une même famille.
Dans nos vies d’avant, quand le deuil ou le malheur venait à frapper une maison, c’était toute la rue qui était en deuil. Et si jamais une nuit, un voisin criait au voleur, tous les habitants du quartier sortaient comme un seul homme.
Nos vies d’avant étaient simples et belles car elles étaient plus sociales et moins stressantes. Nous étions proches de ceux avec qui nous étions et il n’y avait pas de ces gadgets électroniques pour nous éloigner de nos voisins comme aujourd’hui.



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