Hier, je me suis couchée de bonne heure, ne sachant pas quoi faire. Je me suis allongée dans l’obscurité de ma chambre et j’ai longuement fixé mon plafond. Je n’avais aucune envie de toucher mon téléphone que je ne lâche presque jamais. Je n’avais aucune envie de discuter avec ma mère comme je le fais tous les soirs quand je rentre du travail. J’avais juste envie de réfléchir à la vie. J’ai bien peur que la nouvelle année soit pire que celle qui est passée. Un de nos voisins au quartier est mort. Et la nouvelle de sa mort m’a assommée. S’il était mort des suites d’une maladie ou de la fatalité d’un accident, j’aurais accusé l’Etat ou le gouvernement.
Mais, ce n’est pas ainsi que mon voisin est mort. Il est mort par ce qu’il n’avait rien à manger. Il est mort par ce qu’il a demandé à manger. Il est mort par ce qu’on l’a roué de coups comme Jésus sur le chemin de Golgotha. Il est mort par ce qu’il est rentré dans une maison pour demander un bout de pain à croquer. Oui, mon voisin est décédé car l’un des habitants de la demeure a crié « au voleur ». Aussitôt, des voisins sont apparus pour donner une leçon au fameux voleur. La leçon a été si magistralement administrée qu’elle a entraîné la mort du jeune homme. Je me suis posé beaucoup de questions quand la nouvelle nous a été portée. Quel genre de personnes sommes nous en train de devenir ? Quand sommes-nous devenus si égoïstes, intolérants et inconscients ? Depuis quand nous sommes nous octroyés le droit de rendre justice ? Le monde est-il devenu une jungle où règnent violence, vengeance et absence de justice ?
Sur les routes de chez moi, on observe de plus en plus d’accidents avec leurs lots respectifs de victimes. Chaque jour, des familles sont inconsolables et des enfants perdent des parents à cause de notre empressement en circulation. Combien d’accidents n’auraient pas été évités si nous étions plus prudents et tolérants en circulation ? Notre intolérance, notre impatience et notre inconscience nous conduisent bien souvent à commettre l’irréparable. Autant d’inconscience me scandalise et me choque. Autant d’intolérance m’attriste. Mais, même face à ces situations extrêmes, je refuse de perdre la foi. Je veux continuer de croire en un lendemain meilleur.
Aujourd’hui, je pense à vous, et à nous, à nos voisins et à nos amis, aux inconnus et aux proches. Et j’essaie de comprendre où va le monde ; où vont les humains si orgueilleux que nous sommes. Aujourd’hui, je me pose et je cogite. Aujourd’hui, je veux penser à tout ce qui a été et à ce qui vient. Je veux continuer de faire partie de ceux qui croient en l’humain, en la nature, en Dieu. Je veux continuer de croire, d’aimer et de vivre.
Aujourd’hui, je veux nous inviter à faire preuve de plus patience et de tolérance autour de nous. A prendre le recul nécessaire avant d’agir et surtout à avoir de l’empathie dans nos relations de tous les jours.
Même si certaines situations peuvent échapper à notre contrôle, d’autres sont la conséquence voire le salaire de notre insouciance et notre inconscience. Car assassiner un présumé voleur est un choix, une décision, une responsabilité. Mon voisin est mort suite aux coups reçus dans un quartier voisin alors qu’il n’avait rien volé. La question que je me suis posée, c’est de savoir s’il méritait la peine capitale dans le cas où il avait réellement cambriolé une maison, braqué une banque ou volé un enfant. En définitive, quel est le prix d’une vie humaine ?
Je fais partie de ceux qui croient que les hommes méritent des deuxièmes chances et même des troisièmes chances. Qui parmi nous n’a jamais fauté ? Qui n’a jamais triché ? Quelle est cette personne qui peut oser lever la main pour dire que de toute sa vie, elle ne s’est jamais rendue coupable d’une faute ou d’un délit?
A force de réflexion et de discussion avec autrui, je suis arrivée à la conclusion que les situations que nous trouvons drôles cessent de l’être quand cela arrive à un de nos proches. Quand on parle de violences à l’égard des femmes par exemple, nous sommes souvent tentés de banaliser ou de trouver des raisons qui justifient qu’une femme soit battue par son conjoint. Encore mieux, nous estimons que ce n’est pas la fin du monde. C’est pareil quand on arrête un inconnu et que le quartier entier décide de le lapider au nom de tous les vols de la décennie. Tous les jeunes s’y donnent à cœur joie, les adultes les encourageant et chaque passant y allant de son coup de pied ou de sa baffe. Cette situation est normale pour nous jusqu’au jour où le jeune arrêté et qu’on est prêt à bruler quelque part pour raison de cambriolage est un neveu ou un cousin. Je nous assure que dans ce genre de situation, nous ferons preuve de plus de tolérance et implorerons la clémence populaire.
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Malheureusement, elle est faite de hauts et de bas, de succès et d’échecs mais aussi d’erreurs qu’on peut réparer ou corriger, pour peu qu’on nous offre une seconde chance. Parfois, il nous arrive de nous retrouver sur des chemins insidieux que la société condamne. Mais quand nos voisins, parents, amis ou connaissances se retrouvent sur ces chemins, c’est de notre responsabilité de leur tendre la main au lieu de les condamner en leur jetant la première pierre. Nous devons leur offrir d’autres chances comme ça a été souvent notre cas un jour passé car en définitive, la vie est un long et perpétuel apprentissage.




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