Sommes-nous tous des dépressifs aujourd’hui ?

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Le 10 octobre, la communauté internationale célèbre la journée mondiale de la santé mentale, une thématique qui s’impose de plus en plus dans les débats et les échanges sur différentes plateformes. La journée mondiale de la santé mentale est une journée internationale consacrée à l’éducation et à la sensibilisation du public envers la santé mentale contre la stigmatisation. Elle a été célébrée pour la première fois en 1992.

La santé mentale est restée pendant longtemps un sujet tabou mais la parole se libéralise ces dernières années et beaucoup de personnes n’hésitent pas à partager leur histoire, en particulier la dépression dont elles souffrent. C’est justement de la dépression que nous parlerons dans ce billet.

La dépression est bien réelle

En 2021, j’ai publié sur Facebook un texte sur les hauts et les bas dans nos vies. J’ai dit qu’il m’arrivait de broyer du noir et qu’en ces moments, je mangeais Ayimolou  et que je lisais pour me changer les idées. Dans ces moments gris, les seules activités qui pouvaient me procurer de la joie étaient de manger mon plat préféré et de lire des fictions légères et drôles. Dans ma publication sur Facebook, j’avais aussi relevé qu’à l’université, un de nos enseignants ne ratait aucune occasion pour nous répéter que les Africains ne connaissent pas la dépression car nous avons été éduqués à coup de bâtons, insultes et autres. Même si c’est vrai pour plusieurs personnes, notre éducation ne nous met pas à l’abri des maladies liées à la santé mentale.

Aujourd’hui, bien plus encore, la dépression est réelle et touche de millions de personnes de par le monde. La dépression est une maladie psychique, distincte d’une simple tristesse passagère, qui se caractérise par une humeur dépressive durable (plus de deux semaines), une perte d’intérêt et de plaisir dans les activités quotidiennes, et une baisse d’énergie. Elle s’accompagne souvent d’autres symptômes comme des troubles du sommeil ou de l’appétit, une faible estime de soi, des difficultés de concentration et des pensées négatives, parfois jusqu’à des idées suicidaires.

Ce week-end, lors d’un énième tour sur les réseaux sociaux, j’ai noté que plusieurs personnes exprimaient leur soutien à un ami qui aurait exprimé son envie de mettre un terme à sa vie de souffrance. Il s’agissait en effet d’un cri de cœur d’un malade, les mots d’une maladie dont on parle peu ou pas assez sous nos cieux. Pour qu’une personne vienne crier sa souffrance sur les réseaux sociaux, c’est qu’il est vraiment au bout du rouleau et qu’il n’a pas trouvé de soutien à ses côtés. C’est un sujet que j’aborde souvent avec l’un de mes amis de tous les jours. Nous terminons souvent nos discussions sur la conclusion que la vie change énormément à l’âge adulte et qu’on n’a pas été assez préparé pour tous ces changements.

Les effets nocifs des réseaux sociaux

Aujourd’hui, de nombreuses personnes souffrent de dépression ou de solitude mais les réseaux sociaux demeurent la seule alternative pour elles. Ce sont les réseaux sociaux qui augmentent le risque de solitude avec ses conséquences néfastes sur la santé mentale des jeunes et des moins jeunes. Nous avons des milliers d’amis sur les réseaux sociaux mais dans la vie réelle, peu de personnes peuvent affirmer aujourd’hui avoir 5 amis proches. Nous avons certes de nombreuses connaissances mais nos amitiés sont rares, les vraies connexions peu fréquentes. Nous vivons dans des villes peuplées de millions d’âmes mais nous sommes plus seuls que nos cousins lointains qui vivent dans des villages d’une centaine de personnes où tout le monde se connait.

Pour beaucoup de personnes aujourd’hui, la dépression est la conséquence de cette vie de rêve vendue par les réseaux sociaux et les médias mainstream, qui montrent de façon récurrente que la vie est meilleure sous d’autres cieux, que l’herbe est plus verte ailleurs. En ce sens, les faux influenceurs contribuent à vendre des rêves à la jeunesse qui finit par être obsédée par ce qu’elle n’a pas. En passant plus d’heures sur les réseaux sociaux, on en vient à comparer sa vie à celles d’autres personnes avec le sentiment qu’on est un raté et qu’on est le dernier de la classe. Les résultats des courses, c’est de la déception suivie de la dépression, le dégout de soi-même et dans certains cas extrêmes l’envie de disparaitre. Parfois, je me demande comment nos parents qui vivaient dans des conditions souvent plus difficiles voire inimaginables, marchant pendant des dizaines de kilomètres, sans confort (eau potable, électricité, soins de santé) avec plus d’obligations envers leurs familles et leurs communautés étaient plus heureux que nous. 

A nos actes manqués

La maladie du siècle présent, ce n’est pas le SIDA, l’hypertension, le diabète ou le cancer. La maladie de ce siècle, c’est la dépression qui résulte souvent de la solitude dans un monde peuplé, le silence dans un monde hyper connecté. C’est l’absence et le manque en étant entourés. La dépression, c’est la conséquence du style de vie dans un monde fait d’injonctions de réussite à tout prix, où tout nous pousse à être parfait, à cocher toutes les cases et à être toujours souriant au quotidien. La dépression est présente parce qu’aujourd’hui, l’individualisme est professé et célébré et c’est ainsi que nous refusons de nous intéresser à nos voisins à côté de nous. C’est l’égoïsme qui empêche de voir au-delà de sa propre personne, de tendre la main aux autres et de demander de l’aide quand on est dans le besoin.

Il est important de cultiver la bienveillance

La vie, ce sont des moments de haut et de bas, mais bien souvent les moments de solitude et de pression sont plus ressentis au quotidien au point que nous avons l’impression que nous ne nous en sortirons jamais. Dans ces situations, la présence d’amis et de parents est salutaire. De plus en plus, les gens ne vont pas bien. La majorité fait semblant d’aller bien, se forçant à porter un masque chaque jour, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie.  C’est la raison pour laquelle nous ne devons jamais cesser d’être sympathiques envers les gens que nous rencontrons. Nous ne savons jamais quel combat les gens mènent au quotidien. Depuis un moment ; quand quelqu’un me dit une chose qui ne me plait pas, même si cela m’affecte, je fais l’effort de relativiser. Ce n’est pas toujours facile mais parfois, je me dis qu’il a surement plus de problèmes que moi. Ensuite, je me rappelle que tout passe et enfin, je me dis que le voyage ensemble est si court. Car, en définitive, nous ne gagnons rien à être antipathiques avec les gens avec lesquels nous vivons, travaillons ou rencontrons.

Il est important de prendre soin de nos relations et nos amitiés. Il est important de prendre des nouvelles de ceux qui nous sont chers, de nous intéresser aux autres et surtout de faire pour les autres ce qu’ils font pour nous. Il est crucial de nous encourager à prendre soin de notre santé physique et mentale, de faire des activités bénéfiques et qui nous permettent d’être épanouis au quotidien. Et pour finir, il existe des personnes formées pour prendre en charge les personnes souffrant de maladie mentale.

Et toujours que la gratitude soit une religion

J’ai lu, il y a quelques mois dans mon livre de méditation quotidienne « Choisis la vie, 365 invitations à changer de regard sur sa vie » d’Yves BOULVIN et Anne VILLEMIN que la dépression commence en refusant cette situation que l’on vit, c’est le fait de ne pas accepter ce qui nous arrive dans une saison particulière de la vie. La dépression, pour l’auteur, c’est de vouloir faire plus qu’on ne peut en faire et de se préoccuper pour ce qu’on n’a pas au lieu d’apprécier ce qu’on a. Il ne s’agit point ici de minimiser la douleur de ceux qui souffrent de dépression mais il est question d’inviter tout un chacun de nous à faire preuve de gratitude au quotidien, à accepter certaines situations qu’on ne peut changer. Il s’agit parfois de reconnaitre que nous sommes épuisés et que nous devons nous reposer. Il s’agit d’accepter que certaines situations difficiles que nous vivons sont ce qu’elles sont et à remercier Dieu pour notre vie fusse-t-elle imparfaite. Je suis tombée dernièrement sur Facebook sur une publication qui disait que nous n’existerions peut-être pas dans l’avenir pour lequel nous nous inquiétons tant. Cette réflexion m’a tellement marquée que j’ai continué à y penser pendant plusieurs jours. Qui parmi nous peut affirmer ce qui se passera dans un mois, un an ou une décennie. Si, c’est ainsi alors, pourquoi devons-nous nous mettre tant de pression au quotidien ?

Prenons le temps de faire preuve de gratitude tous les jours pour ce que nous avons, la santé, la famille, les amis et le pain quotidien et si jamais nous sommes tentés de nous plaindre, il est important de nous rappeler que ça aurait pu être pire.

A très bientôt.

3 responses to “Sommes-nous tous des dépressifs aujourd’hui ?”

  1. Avatar de
    Anonyme

    La tête est la locomotive de tout le corps. Une tête malade implique forcément un corps malade. Par conséquent, la santé mentale devrait être notre priorité. Nous devons donc nous éloigner de tout ce qui trouble notre paix intérieure. Merci Tif pour ce beau billet sur un sujet plus que jamais d’actualité 👍

  2. Avatar de
    Anonyme

    Je me réjouis d’avoir pris ce petit temps pour lire de bout en bout cet bel article qui fait plus que sensibiliser, mais aussi délier les langues. Ceci donne un échos particulier à cette journée et nous convie forcément à prendre soin de notre santé mentale, à être plus attentifs tout autour de nous et à pouvoir mettre des mots sur certains maux. Merci

  3. Avatar de
    Anonyme

    Bonjour Audrey. Permets-moi de saisir l’occassion de cette tribune pour m’acquérir de tes nouvelles. Sincèrement ton analyse est d’une évidente pertinence au point où je ne pu m’empêcher de te laisser un mot. Nous vivons dans un monde en plein déclin à la faveur de la mondialisation. Excellente journée.

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