Il y a quelques semaines, je suis partie. Sans demander conseil à qui que ce soit, j’ai pris le nord. Je dois l’avouer ; ça m’a fait du bien. Ce n’était pas un congé mais juste quelques jours de repos afin de briser ma routine. J’ai quitté Lomé et je suis sortie de ma bulle pour visiter le Togo. Il était temps. Ma mère à qui j’ai confié mon idée n’a pas hésité à me donner sa bénédiction. Je suis donc allée chercher mes tickets de bus aller/retour. Le matin, je me suis réveillée à Lomé mais le soir, j’ai soupé dans la région septentrionale du pays, plus précisément à l’hôtel Nongm Yoaga dans la belle ville de Dapaong, à 650 km de Lomé. Je ne l’ai pas regretté, j’y ai passé un séjour agréable.

Onze heures d’attente. C’est exactement la durée du trajet Addis Abeba Pekin ou Lomé Newark non-stop by Ethiopian. C’est aussi le temps à faire assis dans le bus « le Courrier de la poste » pour joindre les deux côtés opposés de notre beau pays le Togo. Nous avons littéralement traversé le pays et nous l’avons réellement fait avec en prime trois courts arrêts: Atakpamé, Sokodé et Kara.
Une sorte de retraite, de vacances, loin du tumulte de Lomé et de nos rituels quotidiens : boulot resto dodo/ télévision téléphone famille. Ça m’a permis d’y voir plus clair en cette fin de mois de janvier, de dissiper enfin le brouillard sur mes modestes projets de l’année et de me décider à commencer. Car comme le dit mon ami Docteur, DS à Djarkpanga « des résolutions sans actions sont des régressions » et il a raison.
Pour la petite histoire, j’ai regretté que le trajet ne nous ait pas fait passer par la faille d’Aledjo afin de ressentir ce frisson unique lorsqu’on la traverse. Le long du trajet, j’ai apprécié la beauté du paysage unique et la richesse de la géographie du Togo. Forêts, arbustes, collines, savanes, rivières, le décor était diversifié et à aucun moment, je ne me suis lassée.
Atakpamé a été l’objet du premier arrêt : la belle ville aux 7 collines, dans laquelle nous avions eu la chance de séjourner il y a 5 ans lors d’un congé tout mérité. Se dégourdir les jambes, croquer un petit casse-croute en guise de petit déjeuner et le périple reprit.
Puis, ce fut le tour de la ville de Sokodé : nous y avons marqué le deuxième arrêt en pleine région centrale : le même rituel…aux environs de 13heures se rafraichir le visage, croquer un petit embouche en guise de déjeuner et se préparer pour une petite sieste.
La ville de Kara a fait l’objet du 3ème arrêt puis le cap a été mis sur la destination finale, le grand nord.

Quand tu fais un trajet de plus de 10 heures vers une destination inconnue, tu expérimentes ce qu’on appelle patience. Dans tous les cas, il faut le dire. Ce fut l’occasion d’apprécier la nature à l’état pur. Je ne me rappelle plus de la dernière fois où j’avais pris le temps de contempler un coucher de soleil sur des heures, comme ce fut le cas ce soir du 02 février 2020. Ce n’était pas le grand feu d’artifice de l’hôtel 2 février mais c’était mieux. Frère Soleil, dans toute sa splendeur, les arbres en contemplation et presque tout l’univers suspendu à ce moment où petit à petit l’astre se retire. Apprécier la création dans toute sa grandeur et sa simplicité et réaliser que l’homme n’est que l’infiniment petit dans l’infiniment grand.

Tout comme le peuple helvétique a ses maitres chocolatiers dont la renommée transcende les frontières, nos frères « Mobas »[1] ont leur maitres pintadiers, passés spécialistes dans l’art de la cuisson de la fameuse pintade, recette incontournable de la région. Les saveurs sont légion et je peux en citer quelques-unes : pintades braisées, pintades grillées à Timbou, pintade mourtardée, je voulais dire assaisonnée à la moutarde. Je ne vous parle de la moutarde du supermarché importée depuis l’Europe mais de notre célèbre moutarde traditionnelle faite par nos mères à base de graines de néré et dont l’odeur est exceptionnelle, pintade à la soupe, etc. Un peu comme du dibi dans la Teranga ou le poulet flambé au pays des hommes intègres. Oui, je suis allée et j’ai gouté, je voulais dire dégusté des pintades qu’on s’est précipité de m’offrir. J’ai même ouïe dire qu’il n’y a pas de meilleur accueil à Dapaong qu’en offrant une pintade bien assaisonnée et de faire un tour dans les bars les plus chauds comme Vendome, one way et Calypso. J’ai également eu droit à une visite guidée. Mon hôte s’est révélé être un guide 5 étoiles. Je profite de ce billet pour lui exprimer ma profonde gratitude pour sa disponibilité lors de mon séjour. Il connait la ville comme sa poche et nous avons fait le tour : grand marché, cathédrale Saint Charles LWANGA de Dapaong, CHR de Dapaong, hôpital des enfants, Lycée de Nassablé, Lycée Saint Athanase, quartier administratif notamment NSCT, SOS, CNSS, OTR et tribunal, quartier des affaires de Dapaong (Rond-point Orabank), un tour sur la colline à côté des locaux de la préfecture de Tône puis à la gare routière.

Les vélos sont très prisés à Dapaong et j’ai apprécié cet état de choses, de noter que dans certaines parties de notre pays, le vélo retrouve ses lettres de noblesse et n’est pas vu comme un moyen d’accommodation de pauvre. Sur bien des plans, Dapaong fait beaucoup mieux que beaucoup de villes togolaises avec ses artères bitumées larges et en prime une voie de contournement. Par ailleurs, j’ai effectué une escapade d’une journée à Cinkassé à l’extrême nord du Togo, ville commerciale, carrefour des échanges entre le Togo et les pays du Sahel notamment le Burkina Faso, le Niger et le Mali. A Cinkassé, toutes les maisons sont des boutiques ou magasins et tous les jeunes commerçants sont des Aladji. Cinkassé est la frontière entre le Togo et le Burkina Faso. Nous avons traversé la frontière et nous sommes partis en balade dans le Faso.

J’ai apprécié ma virée dans les savanes, et je projette déjà de faire une prochaine virée dans la région de la Kara, et plus précisément chez moi dans la préfecture de Doufelgou. Je rêve d’y manger bebedgou[2], la pizza nawda et de faire le tour de tous les cantons pour finir par l’aéroport international de Niamtougou.
[1] Ethnie vivant au nord du Togo
[2] Sorte de pizza togolaise faite à base de farine d’haricot et assaisonnée d’huile et de piment écrasé



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